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Nepal International Biodiversity Expedition - Mars 2020

Deuxième expédition dans les Chepang Hills, pour faire un inventaire de biodiversité et définir la zone à protéger Voir descriptif détaillé

Nepal International Biodiversity Expedition - Mars 2020

Deuxième expédition dans les Chepang Hills, pour faire un inventaire de biodiversité et définir la zone à protéger Voir descriptif détaillé

5 participants
Des voyages scientifiques qui changent le monde
Des aventures hors du commun, des projets réels pour le développement durable

Le Journal de Bord

Mardi 10 mars 2020

17h - Voilà toute l’équipe réunie à la Yellow House de Katmandou, une agréable petite guest-house aux murs jaunes dans le quartier de Thamel. Maxime, Romane, Konan et Iliane ont réussi à rejoindre Catherine, Sylvain et Ethel qui étaient déjà sur place depuis quelques jours, et ça c’est presque un miracle ! Parce qu’hier, deux heures avant leur départ de Paris, nous avons appris que la France venait de rejoindre la liste des pays auxquels le Népal refusait désormais de délivrer des visas, dans un contexte de précaution sanitaire liée à l’épidémie de Corona-virus.
Il avait donc fallu faire un choix décisif : monter dans l’avion ou non, sachant qu’il y avait ce risque de traverser la moitié de la planète pour se retrouver bloqués à l’aéroport de Katmandou. Rien que ça. Mais, malgré l’adrénaline qui pèse sur le petit groupe qui vient tout juste de se rencontrer, l’attrait pour les forêts népalaises et l’espoir fou de vivre l’extraordinaire aventure qui nous attend se montre bien plus fort : non seulement nous partons, mais tous les obstacles se plient petit à petit devant nous... Et c’est avec des sourires plus grands que l’Everest que nous passons finalement la douane du Tribhuvan International Airport de Katmandou, victorieux.

On peut donc comprendre combien on le savoure, ce premier thé népalais à la terrasse de la Yellow House en cette fin d’après-midi, tous ensemble, prêts comme jamais à partir explorer la jungle. On se rencontre, chacun se présente, évoque qui il est, d’où il vient et pourquoi il est là. Catherine et Sylvain présentent cette ’International Biodiversity Expedition’, abordant des points tant historiques sur la raison d’être de cette expédition, que logistiques et scientifiques pour que chacun s’approprie au mieux cette aventure commune.
Il y a déjà des motifs de diversion : dans le crépuscule qui tombe, de minuscules chouettes mystérieuses viennent se poser sur l’arbre en face de nous. Nous ne pouvons évidemment pas les ignorer, et c’est donc un baptême des jumelles pour la petite équipe de naturalistes en herbe.

Avec la nuit qui tombe vient l’heure d’aller au restaurant, au cœur du quartier touristique de Thamel. On ne croise cependant pas l’ombre d’un touriste dans les rues, seuls les locaux sont là, à réparer la chaussée à la lampe de poche, ou à klaxonner sur leurs bolides vrombissant au-dessus des dos-d’âne (et des gouffres). C’est l’occasion de déguster notre premier dal bhat, ce fameux plat traditionnel qui ponctuera tout notre séjour au Népal. Nous sommes vite repus, et, exténués, nous rentrons tôt à la guest-house pour une bonne nuit bien méritée.

Mercredi 11 mars 2020
5h45 - Petit-déjeuner aux pancakes à la banane. Réveil matinal combiné au décalage horaire... Nous ne sommes pas très frais, mais ce matin nous partons pour le Chitwan, à quelques 5h de bus de Katmandou. Les premiers kilomètres, où l’on traverse encore la ville, sont l’occasion de prendre un bon bain d’ambiance urbaine népalaise. Les yeux ne savent où se poser tant il y a à observer : la circulation hallucinante, les objets roulants farfelus, les habits des gens et leur manière de se jeter sous les roues d’un air serein, les chiens partout, les marchands de fruits sur leurs vélos, les guirlandes de fleurs séchées.
Puis vient la campagne. La chaussée toujours aussi cahotante. Par la fenêtre, pour ceux que les virages empêchent de sombrer dans un sommeil paisible, un tableau vivant et mouvant dont on ne saurait détacher les yeux. Les premières cultures en étages. Les gens dans les hameaux des bords de route : souvent posés, on a l’impression qu’ils passeront leur journée là, à observer tout ce qui passe. Terre battue, vélos et poules. Motocyclettes et tissus colorés. Cahutes en tôle côtoient bananiers. Des enfants qui jouent, des chèvres, des femmes qui portent des brassées de branches.
Vers 9h30 (c’est-à-dire à peu près 4h du matin encore dans nos corps habitués à l’heure française), c’est l’heure du bon dal bhat du matin ! Incroyable mais vrai, nous sommes invités à descendre du bus, et, eh bien nous mangeons.
Nous arrivons en début d’après-midi à Sauraha. Il fait chaud ! Une jeep vient nous chercher pour nous amener au lodge. On se pose quelques temps pour récupérer, puis profitons de la fin d’après-midi pour partir à la découverte de l’environnement local... Et quelle découverte !! Nos premières observations sont extraordinaires, pour nous qui atterrissons tout juste de Paris. Des singes, des oiseaux multicolores comme le Martin chasseur de Smyrne (Halcyon smyrnensis) et le Guêpier de leschenault (Merops leschenaulti), un Paon bleu (Pavo cristatus), une biche de Cerf axis et son faon (Axis axis), des crocodiles et des gavials (ces espèces de crocodiles au long museau très fin), des éléphants, un rhinocéros... Des rencontres à couper le souffle, dans une lumière magnifique. Sans parler de l’exubérante végétation, avec des feuilles énormes aux formes étranges...

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Nous allons manger « à la plage ». En effet, une petite table ronde, chaises longues et parasol nous attendent en bord de rivière pour le coucher de soleil. Nous expérimentons de nouveau les diverses spécialités locales : c’est un régal !
Sur le chemin du retour, la lune est immense et rousse, c’est magnifique.
On finit la soirée en étudiant nos étoiles ; Ethel, fine astrologue, nous calcule nos personnalités à partir de nos signes lunaires et solaires, ascendants et descendants...

Jeudi 12 mars 2020
9h - Petit-déjeuner de gourmets à la table ronde de notre Gaïda Lodge, au centre de laquelle trône une énorme fleur rouge du Silk-Cotton Tree, dont on observait hier le singe-rhésus se délecter.
Aujourd’hui, nous profitons d’être dans le Chitwan pour passer une grande journée dans la jungle. Nous partons en jeep, à savoir une drôle de voiture qui ressemble à une sorte de calèche où nous sommes installés sur trois rangs à profiter du vent frais dans les cheveux puisqu’il n’y a pas plus de toit qu’une bâche bleue qui sert juste à nous protéger du soleil. Nous traversons les hameaux pleins de vie, les locaux vaquent à leurs occupations. Dès l’orée de la forêt, la Community Forest (zone protégée qui dessine un corridor écologique reliant le parc national de Chitwan aux Chepang hills où nous irons demain), nous profitons d’avoir un chauffeur coopérant. Premiers oiseaux à observer depuis notre toit, première occasion d’arrêter le moteur ! Un peu plus loin, nous prenons deux auto-stoppeurs. Et oui, nous rencontrons deux jeunes Népalais, étudiants en écologie à Pokhara, qui viennent faire une étude sociologique sur ce lieu des Twenty Thousand Lakes.
C’est une chance de les avoir à bord : non seulement ils parlent anglais, mais en bons étudiants en écologie de terrain, ils connaissent bon nombre des papillons, arbres et oiseaux que nous croisons. On identifie ainsi ensemble le Common Mormon (Papilio polytes), grand papillon noir avec des points blancs et un peu de rouge sur le dessus des ailes, le Jungle Brown (Orsotriaena medus), un grand papillon marron, le Grass Yellow (Eurema blanda), le Cavy’s White, respectivement jaune et blanc... Pratique l’english ! Avec l’avantage qu’ils ont sur nous de connaître également les usages ancestraux et les coutumes locales. C’est là qu’on rencontre le fameux Sal (Shorea robusta), cet arbre dont sont composées à près de 90% les forêts de basse altitude. Et de nombreuses termitières particulièrement architecturales. Les observations ornithologiques sont remarquables : notre fameux White-throated Kingfisher (Halcyon smyrnensis) en nombre, trois Serpentaires bacha (Spilornis cheela), placides rapaces, qu’on admire du toit de notre jeep, si proches qu’on pourrait presque les toucher. Une chance inouïe. On observe également un magnifique petit ongulé avec des cornes étranges : c’est un cerf aboyeur (Muntiacus muntjak)...

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Arrivés sur le site, on commence par un petit atelier de botanique pour tester la clé d’identification des arbres et arbustes réalisée par l’expédition précédente. Un peu plus loin nous tombons sur un observatoire haut perché dans les arbres, élu place idéale pour pique-niquer. Ce sont nos premiers sacs de fried-rice, copieux et délicieux, assortis de délicieuses petites bananes très goûteuses, et de jus de mangue. Le vaste lac nous offre de belles observations, comme celle des jacanas, des cormorans, et d’un crocodile qui bronze devant l’entrée de sa tanière... ! Et la jungle environnante presque autant. D’autant plus que sur le chemin du retour en jeep, nous avons la surprise de tomber sur un rhinocéros, juste là de l’autre côté du fossé. L’animal est placide, nous observe vaguement, vaque à ses occupations, jusqu’à ce qu’il décide de traverser ! Il prend son élan, monte le talus, traverse sous nos yeux (on est contents d’être en hauteur), et dévale en galopant de l’autre côté. Magnifique.

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De retour au lodge, nous préparons nos sacs pour partir au plus léger à l’assaut des Chepang Hills demain, avant de retourner dîner « à la plage »...

Vendredi 13 mars 2020

Ce matin il pleut ! Drôle de surprise, après deux jours sous un soleil équatorial écrasant. Nous partons donc avec notre jeep sous un agréable climat frais. Nous nous arrêtons en chemin pour faire nos provisions de fruits et légumes et retrouver notre guide Rupen qui habite tout près, puis continuons en jeep jusqu’au pied des montagnes. Nous y rencontrons les porteurs, habitants des hameaux locaux qui vont monter les sacs de matériel commun jusqu’à Gadi, le village sur la crête que nous devons rejoindre ce soir. Nous les suivons, mais en nous arrêtant bien trop régulièrement pour pouvoir les rattraper. Nous profitons de la montée pour réaliser un protocole d’étude de la répartition des espèces végétales invasives, ainsi que pour faire nos premières « fiches-arbres » pour caractériser les arbres qui sont encore non-identifiés par le programme Biodiversita. Nous observons avec curiosité ces lianes avec de grosses feuilles en forme « d’oreilles de Mickey » (Bauhinia vahlii).
Rapidement la petite pluie, qui nous garantissait jusque là un air relativement frais bien agréable pour la montée, laisse la place à un grand soleil.
Pique-nique au fameux « spot à écureuil noir géant », oui certes ça sonne blague comme ça, mais non c’est très sérieux ! L’écureuil géant (Ratufa bicolor) est un extraordinaire animal local, qui est effectivement un gros écureuil, un peu noir, mais chuuut on en parlera quand on l’aura vu... Quoi qu’il en soit, le pique-nique lui est bien réel, et cette pause en pleine montée est chaleureusement accueillie. Si ce n’est pas cette fois que l’écureuil géant nous montrera le bout de ses moustaches, nous rencontrons néanmoins nos premiers Bulbuls ! (et ça, c’est vrai) Le Bulbul, charmant de par son chant qui ne cessera de nous ravir les oreilles, et de par son nom, oui quand même, Bulbul quoi !

Nous reprenons notre route dans la forêt. Le sentier ne monte plus tellement. Et finalement il est là ! L’illustrissime écureuil géant ! Une sorte d’énorme mulot noir à la gorge blanche et avec une longue queue touffue, affalé sur une branche à la manière d’un panda roux, qui nous regarde (ou du moins a l’œil ouvert) d’un air placide. Formidable observation ! Il est à noter que d’après la liste rouge de l’UICN, l’Écureuil noir géant a le statut « en danger d’extinction » au niveau national (et « quasi menacé » au niveau mondial), et sa présence est donc un argument de plus pour faire protéger les Chepang Hill.
Un peu plus loin, débouchant sur une crête nous tombons sur une autre surprise, ô combien moins divertissante. Les travaux de construction de route ont continué de plus belle, et rasé un sentier autrefois si joli, que l’expédition avait emprunté en novembre dernier... Il y a maintenant là une route plate. Au-dessus, au-dessous, tout s’écroule. Le sable, rouge et friable, se disloque et ravine. Terrible. Et ce n’est encore que le début de nos découvertes. On fait un dernier point de protocole sur les espèces invasives avant la route aride.
Il y a des gens qui vivent ici. Au cœur du monde. On entend avec le silence que le vent. Les chevreaux qui bêlent. Quelques poules. Une vache. Un bananier. Non, on n’entend pas le bananier. Mais il est là. A côté de petites constructions en bois, terre, paille de riz. Un jeune couple. Lui erre là, observe le monde, ses chevreaux qui bêlent, leur sert un seau d’eau. Elle, passe, efficace et déterminée, visiblement en transit d’un point A à un point B. Toute de couleurs vives vêtue, pantalon long et léger, tunique ouverte sur les côtés, cheveux sombres attachés. Comme la plupart des Népalaises croisées jusqu’alors, en ville, dans les villages de plaine, les hameaux de montagne.
On trouve au sol sur la route une vieille assiette en feuilles de Sal.

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La route reprend, plate. Nous croisons des jeunes qui y travaillent, terrassant et déplaçant des tonnes de cailloux. Un peu plus loin, c’est tout le village qui est réuni sur le chantier. Nous passons, créant l’attraction du jour avec nos jumelles et notre air d’ailleurs...
Puis nous obliquons vers un sentier qui se remet à monter. Ce sont les derniers kilomètres, la lumière du soir est belle, on en a plein les pattes mais on est heureux.
Nous arrivons à Gadi à la tombée de la nuit. Au cottage sur la crête, nous sommes accueillis avec un délicieux dal bhat ! Et nous découvrons le milk-tea de Gadi, merveilleux thé au lait et aux épices qui nous emmène directement au pays des rêves. Nous profitons de cette soirée chaleureuse pour faire notre premier « bâton de parole ». Il ’s’agit d’une tradition des séjours OSI : c’est un moment privilégié pour permettre à chacun d’exprimer ce qu’il a envie : à tour de rôle, chacun prend la parole (ou pas s’il ne le souhaite pas d’ailleurs), que ce soit sur son ressenti sur le séjour, s’il se sent bien, sur des points d’amélioration, des détails de logistiques, des attentes pour la suite du séjour, des idées... C’est un chouette moment de réjouissance partagée de tous : on a tous hâte de continuer l’aventure des Chepang Hills qui commence tout juste.

Samedi 14 mars 2020

Nous sommes sur pied avant l’aube, et après un extraordinaire petit-déj composé de petites patates cuisinées, de chapatis cuits sur le feu (ce sont des genres de pains plats en forme de crêpe), de miel et d’œuf dur (le tout en un délicieux ensemble sucré-salé), nous redescendons la crête pour nous enfoncer dans la forêt pour un premier transect oiseaux. Chacun a son rôle : prise de son, photos, enregistrement des données dans l’application Obsmapp, ... Hélas, nous tombons au bout d’un moment sur un autre chantier de construction de route, dont les bruits de pelleteuse parasitent beaucoup notre écoute. Le transect se terminant et le soleil nous ayant rejoints depuis un moment déjà, nous sortons les filets et courrons après les papillons !
Nous sommes juste à côté d’une école, il y a donc une ribambelle de bambins en uniformes bleus qui vient observer nos surprenantes activités, avant que nous montons nous-mêmes jusqu’à l’école. Là-haut, surprise : Rupen nous présente un Cannelier ! Les feuilles de cet arbres sentent en effet la cannelle à plein nez, c’est impressionnant. Nous en faisons des réserves pour parfumer notre prochain thé de bivouac. Les enfants nous observent, Rupen discute heureusement avec les professeurs.
Puis nous les laissons à leurs cours et reprenons notre route. Nous continuons le transect de description d’habitat et nos fiches-arbres, jusqu’à avoir besoin de lancer la pause pique-nique. Difficile de trouver de l’ombre ce jour-là. Les bas-côtés sont particulièrement raides dans les deux sens, nous nous installons donc au milieu du chemin, ce qui nous permet de nouer rapidement des liens avec les villageois qui passent, se frayant un passage entre nos chapatis. C’est l’occasion aussi pour Rupen de nous raconter, hilare, ses premières blagues. Et Ethel d’enchaîner avec une autre énigme...
Le ventre repus, nous redescendons par l’école, et profitons du soleil pour lancer un transect papillons ! Konan, en stage avec le Programme Biodiversita notamment pour travailler sur l’adaptation de protocoles aux expéditions de sciences participatives, nous explique en quoi consiste le transect, la répartition des rôles, et nous présente un livret qu’il a réalisé présentant les papillons les plus communément rencontrés au Népal.
Nous passons donc une bonne partie du chemin du retour à courir après les papillons. C’est l’occasion pour les néophytes d’apprendre à se servir avec brio d’un filet à papillon, et pour tout le monde d’admirer l’efficacité enthousiaste de Rupen à manier l’outil. Nous croisons le chemin d’un bon nombre de Petites Tortues indiennes (aka Aglais kashmirensis pour les intimes), et de Machaons indiens (Papilio janaka).

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Nous rentrons assez tôt au village. Assez tôt pour prendre le temps d’une petite douche rafraîchissante, suivie d’un merveilleux milk-tea sur le toit des douches ! Joli panorama pour un agréable temps de pause entre lecture, écriture et papotages. Nous allons aussi faire un tour au fort qui se dresse sur le sommet de la colline juste au-dessus de nous. Surprenant de trouver ici un tel fort bâti de pierres solides pour résister à l’envahisseur. En effet, jusqu’en 1960, le petit village de Gadi était la capitale régionale de Chitwan. Ce fort, construit au début du 19e siècle permettait de surveiller les potentielles invasions par le sud grâce à sa position stratégique permettant de voir à la fois l’ensemble de la vallée de Chitwan mais aussi les collines et hauts sommets du nord du Népal !

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Dimanche 15 mars 2020

Aujourd’hui aussi nous voilà debout avec l’aube. Nous partons néanmoins avec les sacs, parce que nous ne rentrerons pas à Gadi ce soir. Nous nous enfonçons au cœur des Chepang Hills pour de bon. Puisqu’il est toujours bon de profiter des matins, nous couplons la montée jusqu’à Chisapani avec un transect oiseaux. Chacun tient son rôle dans la mission, lente ascension en file indienne, gestes et regards furtifs, silence attentif entrecoupé de murmures ; nous sommes aux aguets. Il fait très beau mais encore frais, c’est le petit matin. La forêt est humide. Parfois un point de vue s’ouvre sur la chaîne des Annapurna au loin. Ou sur la lune entre les arbres.
Parmi les plus belles observations : le Fauconnet à collier (Microhierax caerulescens), encore jamais répertorié dans les Chepang à notre connaissance, un magnifique Pic à huppe jaune (Picus chlorolophus), plusieurs Barbus à gorge bleue (Psilopogon asiaticus), un Aigle des steppes (Aquila nipalensis) et de nombreuses mésanges charmantes dont on commence déjà à reconnaitre les chants.
Petite pause en fin de transect. Les premiers ont à peine le temps de poser les sacs que quelqu’un s’exclame : une chouette ! Juste là à quelques mètres de nous, une toute petite chevêchette posée sur sa branche. Qui nous fixe de ses yeux jaunes et perçants. La Chevêchette à collier (Glaucidium brodiei), puisque tel est son nom, n’a pas vraiment de collier, mais un superbe masque absolument fascinant à l’arrière de la tête. Elle est extraordinairement proche, attentive au moindre de nos faits et gestes. Magnifique.
Nous sortons les fiches-arbres et protocoles d’espèces invasives. Par petits groupes efficaces, on se répartit les observations minutieuses : Catherine et Ethel caractérisent l’arbre appelé « Bogoté » par les locaux, Maxime, Ethel et Sylvain estiment la hauteur moyenne de la canopée en inaugurant le télémètre laser afin de compléter la caractérisation de l’habitat, et Konan et Iliane s’échappent dans les arbres en quête d’épiphytes (les plantes qui poussent sur les arbres).

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Juste avant l’arrivée sur notre lieu de bivouac, magnifique surprise : notre ami l’Ecureuil noir géant refait une apparition furtive : on le voit bondir avec agilité d’un arbre à l’autre avant de disparaître. Décidément, il est sacrément géant cet écureuil et vraiment splendide...
Nous arrivons aux alentours de midi sur une plate étendue d’herbe rase, surprenante dans ces montagnes, et qui attend qu’on y plante nos tentes. Mais d’abord, place au pique-nique !
Une fois nos estomacs satisfaits nous montons le campement, nos tentes...et puisqu’il faut bien les tester, nous voilà ensorcelés, c’est l’heure de la sieste. Vers 15h, tout le monde debout ! On ne va quand même pas dormir tout l’après-midi : nous mettons le cap sur le vallon luxuriant qui nous mène à notre source d’eau, suivant un tout petit sentier entre les rochers et les lianes... Cet endroit est magique. Au retour nous posons notre piège-photo à un endroit stratégique, à l’entrée d’une clairière où passe l’unique sentier.
Nous sommes un peu étourdis par la beauté de l’endroit visiblement : à peine rentrés au campement nous réalisons que nous avons oublié de ramener de l’eau du ruisseau qui coule dans le vallon. Iliane et Konan, toujours prompts à gambader dans la forêt, repartent donc en mission commando, équipés de vaches à eau et de talkie-walkie pour rester en contact sécurité avec le QG.
Dans le coucher de soleil qui s’éteint, au campement les pâtes sont cuites, avec comme accompagnement une poêlée de poivrons-aubergines-oignons et du fromage de yak, un vrai régal ! Et pour finir, nous nous mijotons un merveilleux thé à la cannelle avec les feuilles récoltées il y a 2 jours. Et avec le crépuscule passent deux engoulevents jotaka (Caprimulgus jotaka), qui passent et repassent avec leur cri caractéristique, l’ambiance sonore est fantastique le soir ici.

Lundi 16 mars 2020

Nous nous regroupons avant l’aube, thé au miel et porridge de luxe (mélangé avec des petites bananes délicieuses et du muesli croustillant) nous réchauffent peu à peu. La nuit a été fraîche, la vaisselle du petit matin pique les doigts. Mais nous sommes debout avec les oiseaux, et plongeons au cœur du vallon paradisiaque... On entend à fond le Coucou shikra (Hierococcyx varius) et on s’émerveille devant un Souimanga à queue verte (Aethopyga nipalensis), un petit oiseau multicolore magnifique.
Lorsque nous arrivons devant un arbre immense et superbe à travers lequel on commence à recevoir quelques rayons de soleil réconfortants, c’est la fin du transect. L’heure de la petite pause. Autour de nous, des arbres de toutes les tailles, souvent couverts de mousses et de merveilleuses épiphytes, dégoulinants de lianes qui s’entremêlent. Ambiance tropicale ; mais sans la chaleur, elle arrivera plus tard. Chacun vaque à ses occupations de pause : certains tentent de se réchauffer au soleil naissant, certains autres écrivent dans leur petit carnet, d’autres encore continuent à explorer les environs, tandis qu’il y en a toujours qui en profitent pour prendre le temps de détailler les caractéristiques d’un arbre pour en compléter la fiche descriptive qui nous permettra de l’identifier, en l’occurrence celui au pied duquel nous nous sommes posés. Cela crée de drôles de bouts de conversations croisées : « Pilosité ? Glabre ! », « Et le télémètre là, ça marche comment ? », « Eh, là-haut il y a plein de Solanum ! », « Granuleuse l’écorce ! »
Nous sommes de retour au campement vers 11h : les ventres gargouillent ! Le soleil s’est bien levé et tape sévère, nous nous régalons à la mi-ombre de délicieux chapatis que l’on remplit comme bon nous semble en mélangeant carottes, concombre, maïs, œuf dur, thon, fromage à tartiner et fromage de yak selon les envies. Le dessert est contemplatif : nous nous retrouvons à manger des oranges sur le promontoire au bord de la falaise, surplombant un panorama dans lequel on aime à laisser perdre nos regards fascinés.
Il est tôt, nous avons le temps de profiter chacun d’un temps libre pour faire ce qu’il nous plaît : sieste dans le hamac, lecture à l’ombre, ou encore classement minutieux de nos échantillons d’épiphytes, et dessins et rédactions de petites fiches descriptives...
Et c’est plein d’enthousiasme que nous nous élançons plus tard pour un nouveau transect papillons : équipés de nos filets, guides et livrets d’identification, nous partons le long de la route large et plate sous le soleil de ce début d’après-midi. Aglais kashmirensis vue 34 fois. Arrivés plus haut, avec une vue imprenable sur les Annapurna qu’on semblerait voir flotter dans les airs, posés sur une mer de nuages, nous faisons une petite pause-goûter, puis nous rebroussons chemin.
De retour au campement, dans la tranquille lumière de fin d’après-midi, nous faisons un point « arbres » : il s’agit de reprendre une à une nos fiches descriptives et de les lire attentivement en feuilletant les guides appropriés pour essayer de trouver leur nom scientifique.
Puisqu’il est encore un peu tôt pour se mettre à la cuisine, certains se font un petit entraînement sportif dynamique tandis que d’autres partent grimper dans les arbres... Il faut dire aussi que Maxime vient de ramener une magnifique épiphyte qu’il a croisée en allant faire un tour, en fleurs pour une fois ! Et les orchidées épiphytes comme celle-là ne lésinent pas sur la taille et la beauté de leurs fleurs extraordinaires. Iliane et Konan, qui n’avaient jusque là qu’observé ces épiphytes à l’état végétatif (uniquement feuilles, bulbes et racines), ne peuvent donc pas s’empêcher de courir explorer cette nouvelle trouvaille...
Puis c’est de nouveau une mission eau qui vient clôturer la journée, tandis que la popote du soir se mitonne tranquillement : riz et lentilles mijotées dans des légumes au lait de coco, un vrai régal.

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Pendant le repas, nous lançons notre second bâton de parole, qui finit par une question de Rupen : « Quel animal seriez-vous ? Et pour quelle raison ? ». Après que chacun ait répondu, il nous donne sa réponse à lui : « Moi si j’étais un animal, j’aimerais être un Homme Chepang ! ...parce qu’ils sont connectés avec la nature et la connaissent si bien. » De quoi donner le sourire à tout le monde.

Mardi 17 mars

A 5h20, tout le monde est debout pour un nouveau transect oiseaux : on entend bien profiter de tous nos petits matins de bivouac au cœur de la montagne pour aller à la rencontre de tous les oiseaux qui peuvent vivre par ici. Nous partons aujourd’hui de l’autre côté du vallon que l’on connaît, en suivant un petit sentier à flanc de montagne, dans la lumière naissante du lever de soleil qui peint le ciel de dégradés tout doux et colorés. Nous observons le joli Chélidorhynque à ventre jaune (Chelidorhynx hypoxanthus), tout jaune avec sa queue en éventail, la Mésange à joues jaunes (Machlolophus xanthogenys), une toute petite mésange aux rayures jaunes et noires, ou encore le Picumne tâcheté (Picumnus innominatus), un minuscule pic... Pour finir avec une superbe observation de martre à gorge jaune (Martes flavigula) ! Juste en dessous de nous, à travers les lianes, agiles sur les branches moussues, magnifique dans les trouées, bien que furtive. Une pause ensoleillée pour le « goûter de dix heures » comme quand on était petits, nous permet de tenir encore quelques kilomètres de forêt avant le pique-nique.
Il commence à faire bien chaud : alors qu’on entame une montée vers un promontoire rocheux qui surplombe la forêt, on constate qu’il y a comme une sorte de brume de chaleur qui atténue les couleurs du paysage sous nos yeux. Nous nous installons donc à l’ombre, sous les rhododendrons en fleurs, bien loin des cimes enneigées que l’on admire toujours à l’horizon. Comme d’habitude, les chapatis fourrés au goût de chacun sont bien accueillis. En guise de digestion, certains optent pour une petite sieste ressourçante tandis que d’autres partent escalader la petite crête qui se fraye un chemin dans la mer d’arbres.
L’après-midi et notre itinéraire de retour au campement riment aujourd’hui avec aventure ! Nous ne faisons pas demi-tour, mais décidons d’explorer cette partie du versant pour essayer de relier notre fin de transect au campement en trouvant un chemin qui nous permettrait d’arriver par l’autre côté du vallon que l’on connaît. Nous avons un tracé GPS pour nous guider...et une multitude de chemins plus ou moins praticables pour lesquels opter à intervalles réguliers. Nous n’en oublions pas pour autant de nous arrêter de temps en temps pour caractériser un nouvel arbre ou arbuste, ou identifier un oiseau. On finit par croiser un magnifique ruisseau : l’eau abondante et chantante, entre petites plages de sable à gros grains qui appellent à retirer les chaussures, et cailloux parsemés sur lesquels on apprendra qu’il vaut mieux ne pas trop sautiller. Konan trouve un remarquable crâne de buffalo (comprendre la petite vache noire locale), qui ne le quittera plus du séjour. Au bord de l’eau, Iliane découvre un énorme insecte (mort) vert brillant comme s’il s’agissait d’un bijou de pharaon.

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Nous continuons ensuite sur un petit sentier qui finit par disparaître dans les buissons, c’est parti pour la course d’orientation : on empreinte des sentes sans doute plus utilisées par les vaches que par les humains et qui nous font passer dans des recoins splendides de forêt qu’on croirait complètement primaire... ce décor luxuriant finit par nous mener à l’admirable immense arbre qui avait marqué notre fin de transect matinal hier...Mission réussie : nous n’avons donc plus qu’à nous remettre dans nos rails pour rentrer tranquillement au campement. Mais ça, c’était sans compter les rencontres inattendues ! Alors que nous en sommes à éviter sereinement les branches d’ortie brûlante dont on finit par connaître les emplacements exacts sur ce chemin, voilà qu’un singe fait remuer toute la canopée au-dessus de nos têtes ! Et il n’est pas seul. Nous avons la chance d’assister littéralement à un défilé de langurs (Semnopithecus hector), qui s’élancent un à un de branche en branche par le même passage ; souvent on ne les voit pas arriver, et encore moins s’enfoncer dans la végétation dense, mais on peut facilement les compter quand ils sautent là-bas entre les arbres : et 8, 9, 10, 11, 12, ça n’en finit pas ! Quel fascinant spectacle...On voit même des bébés singes accrochés sous le ventre de leur maman qui bondit dans les airs avec agilité.
De retour au campement, on se relaxe sur notre petit promontoire à la vue fantastique sur la vallée de Chitwan, puis rapidement on se met à la cuisine et on se couche ravis par la journée.

Mercredi 18 mars

Ce matin, c’est la grasse-matinée ! Aujourd’hui nous levons le camp, et quittons Chisapani pour descendre au village de Kaule (prononcer Kaouli). Nous nous réveillons donc tranquillement avec le soleil, chacun à son rythme. Certains en profitent pour récupérer des heures de sommeil, d’autres pour aller faire un petit tour en solitaire, bouquiner au soleil... Chacun vit sa vie. Vient un moment où tout le monde finit par s’activer : le soleil chauffe les tentes depuis plusieurs quelques heures déjà, tout est donc bien sec, on peut plier. Parallèlement à notre agitation, les porteurs qui vont descendre le matériel à Kaule arrivent, s’installent accroupis comme c’est très fréquent par ici, et observent notre manège. Alors qu’une bonne partie des sacs sont pliés, on réalise qu’il faut encore aller chercher l’eau au ruisseau pour remplir nos gourdes pour la journée. Iliane et Romane, qui sont prêtes, y courent, et plusieurs des Népalais les rejoignent sur le retour pour aider à porter la cargaison. Mais il reste encore à attendre que toute cette eau « sauvage » soit filtrée, et, goutte à goutte, ça prend du temps. Nous avons fini de remballer toutes nos affaires avant elle, et les porteurs emmènent donc le matériel. En attendant que l’eau finisse de se filtrer, nous improvisons une séance de yoga animée par Ethel pendant que d’autres ressortent leurs petits carnets pour raconter nos aventures, ou explorent les bosquets alentour... Tant et si bien qu’il y a même trop d’eau finalement : comme il fait un temps caniculaire, les plus bretons d’entre nous en profitent pour s’asperger, les mains, les pieds, la tête...
Nous voilà donc en route. Aujourd’hui, pas beaucoup de réflexion nécessaire au sujet de l’itinéraire : nous continuons de suivre la route plate et large que nous avions empruntée hier pour le transect papillon. On se rend vite compte que cette route a été abandonnée sitôt construite. La végétation se réinstalle déjà de partout. Nous installons un nouveau piège-photos dans un espace dégagé en bordure de crête, en apparence discret derrière les bosquets, et qui nous semble idéal pour capturer des images de la faune sauvage qui pourrait passer par là. (Le premier piège-photo posé, nous l’avons récupéré en quittant le campement, et nous regarderons le résultat ce soir).
Vient l’heure de la pause pique-nique : nous nous installons à l’intersection avec le petit sentier qui monte vers le Siraïchuli, le sommet des Chepang Hills. Viennent à passer un petit groupe de jeunes femmes, apprêtées et maquillées et vêtues de couleurs chatoyantes... Nous demandons à Rupen s’il y a une fête, une occasion particulière aujourd’hui. Mais non, c’est juste naturel pour elles de se faire belles nous dit-il.
Et tranquillement, de plante en papillon, et de fruits en épiphytes, nous descendons vers Kaule. En fin d’après-midi nous passons un hameau ; il s’agit d’Upper Kaule. Nous, nous sommes attendus à Lower Kaule, tout en bas de la vallée, sur les rives du torrent. Nous croisons des gens, de tous âges, souvent avec leurs animaux : vaches, chèvres... Les chiens sont solitaires, mais présents. Nous nous arrêtons quelques instants converser au « Health point », le seul endroit dans les Chepang où sont dispensés des soins et des médicaments (très basique cependant).
Nous trouvons une première petite framboise jaune, du framboisier que nous avions réussi à identifier quelques kilomètres plus tôt, et dont Rupen nous avait raconté qu’il donnait de délicieux petits fruits jaunes. Nous sommes encore un peu tôt dans la saison, la framboise est acide, mais on sent néanmoins comme une promesse de saveur douce et goûtue. Il faudra revenir.
L’arrivée au village est un délice : nous laissons sur notre droite les plantations de lemontrees (des citronniers donc !) où un paysan local nous fait sentir une fleur de cardamome (dont le commerce est très recherché dans la région), et nous nous enfonçons dans un dédale de petites maisons en terre et bois. Des petites marches, des passages secrets, des petites chèvres plus ou moins dans des enclos, des bananiers devant notre maison au sol en terre battue... On s’installe. Certaines chambres ont un air de petites cabanes perchées au dessus du jardin, à l’air libre : un genre de petit balcon avec un lit quoi, c’est vraiment charmant. Et toutes les fenêtres sont sans carreaux. Pour quoi faire des carreaux après tout ? On nous sert un thé sucré de bienvenue. Douches et toilettes sont réparties à différents endroits du labyrinthe, à un tel point qu’il est nécessaire que l’on nous accompagne pour pouvoir les trouver ! Et après, il faut faire travailler son sens de l’orientation pour pouvoir retrouver la maison... ! En attendant le dal bhat, nous regardons les vidéos capturées par notre premier piège-photos, installé proche de notre campement à Chisapani. Et là, quel enthousiasme de découvrir le passage d’une Panthère nébuleuse (Neofelis nebulosa) ainsi que d’une Grande civette indienne (Viverra zibetha) ! La famille chez qui on loge participe à cette séance vidéo avec entrain et bonheur. Après le délicieux dal bhat, nous profitons d’un bon thé au lait pour accompagner le jeu du soir : « Code Names ». Puis dodo, avec pour ceux qui ont choisi les chambres-balcons, le magnifique ciel étoilé qui nous berce dans le sommeil...

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Jeudi 19 mars

Les petites chèvres noires déboulent alors que le soleil se lève : tout le monde debout, c’est le matin ! Dhurba, le frère de notre hôtesse, au-dessus de l’étable duquel nous dormons, accroche des bouquets de feuilles fraîches aux piquets de l’arrière-cour. Les chèvres se ruent sur leur petit-déjeuner avec un enthousiasme désarmant.
Puisque c’est l’heure nous nous mettons aussi en route. Notre petit-déjeuner à nous est composé de galettes de millet frites, de pois chiches grillés, de miel, d’œufs durs et d’une pomme. Et de thé fumant, évidemment. Au moment où nous nous apprêtons à partir, on cherche Maxime ...c’est là que Rupen nous invite à entrer dans la cuisine de Dhurba. La porte est basse, tout comme le plafond de cette pièce sombre, toute enduite de terre. Il y a là Maxime, qui observe l’homme faire son beurre. Méthode artisanale il va sans dire, avec la jarre et le moulin en bois, la corde et le mouvement millénaire. L’homme extrait le petit-lait, et nous propose d’y goûter. Ni une ni deux, le voilà qui nous en sert de plein verres, nous tend une cuillère de miel pour le sucrer, et nous y trempons les lèvres. La suite de sa manip’ consiste à remplir de lait la large marmite posée sur le feu dans le coin de la pièce. A peine avons-nous fini nos tasses de petit-lait qu’il nous propose de nous servir ce lait chaud, que l’on peut accompagner de miel à volonté. Il essaie de nous expliquer quelque chose, mais son anglais ne suit pas, et il sourit, désolé. Au moins nous arrivons à communiquer via nos échanges simples, par le biais de regards expressifs, de gestes et de sourires.
Après cet échange chaleureux, nous ressortons de la petite maison authentique pour profiter de la magnifique journée ensoleillée. Une fois lancé, le soleil monte vite. Il est trop tard pour un transect oiseaux, mais il y a de quoi explorer les environs à toute heure. Nous rejoignons le petit torrent au creux de la vallée, et le remontons tranquillement. Nous admirons le Torrentaire à calotte blanche (Phoenicurus leucocephalus) qui semble nous suivre tout du long de notre balade. Nous faisons un transect habitats tout en s’extasiant devant les papillons qui nous passent sous le nez ici et là. On en voit un extra-fou magnifique ! Il s’appelle le Papilio paris, avec une couleur bleue turquoise sur ses ailes postérieures. Iliane se met à confectionner une couronnes de fleurs et de fougères, qu’elle offre à Ethel. Ça lui va à merveille.
Puis nous nous installons sur une terrasse en hauteur avec une superbe vue sur la vallée pour le pique-nique. Et quel festin ! Nous avons là des rotis (les galettes de millet frites), du yam bouilli, des popcorns au bon goût de feu, des pomme de terres cuisinées délicieuses et de la « groundapple » pour le dessert. Après une petite sieste, nous voilà plein d’énergie. Nous entamons la montée qui nous attire pour voir ce qu’il y a là-haut. La montée est bien raide, nous nous sentons tels des chamois ! Arrivés quelques mètres plus haut, nous nous retrouvons dans un hameau très civilisé : on arrive visiblement par le côté brousse, mais il y a un accès au village par un large chemin beaucoup plus fréquenté. Au passage, on nous invite à boire un thé. En l’attendant, on discute par le biais de Rupen, qui nous fait reconnaître des arbres : on aura mis du temps, mais oui !! c’est un arbre à cannelle sous nos yeux ! Ils ont également des citronniers, et, devant nos yeux extasiés de voir des citrons tout beaux « dans le jardin », ils n’hésitent pas une seconde à aller nous en cueillir de beaux pour nous les offrir. Rupen l’épluche comme on éplucherait une orange, et ainsi dévêtu, en sépare les quartiers qu’il nous tend. Ah oui ? Vous mangez les citrons comme ça vous ? Soit, nous dégustons, avec précaution et moults pincements de nez, mais on ne peut pas nier que c’est un très bon citron. Et ce n’est pas tout, l’épaisse peau du citron n’est pas abandonnée : ici on la grignote avec plaisir, et c’est vrai que c’est très goûtu et bien moins acide que le citron en lui-même. Délicieux.
Voilà que la femme de l’homme qui nous a invités à nous arrêter chez eux revient avec un plateau de tasses de thé. Mmmh, ce thé-là est absolument délicieux : on le déguste, et prêtons attention à toutes les saveurs qui s’y cachent. Il nous semble reconnaître des épices, et Rupen nous confirme qu’ils y ont mis de la cannelle « du jardin ». Autour de nous, il y a une vieille dame, des jeunes enfants, des femmes qui nous observent de plus ou moins loin.
Après un dernier regard plein de tendresse sur les tout petits bébés chèvres qui escaladent leur maman comme s’il s’agissait du meilleur toboggan du monde, nous reprenons notre route.
Le vent se lève. Le ciel se couvre. La tempête s’annonce. Nous arrivons au village avec les premières gouttes. Des gouttes énormes, peu nombreuses, mais qui dessinent sur la terre battue des cercles aussi larges...qu’un jaune d’œuf par exemple. Alors que nous vaquons à nos petites occupations, Rupen vient nous proposer d’aller goûter un en-cas typique très apprécié par les locaux. (enfin on avait pas très bien compris ce qu’il voulait nous montrer, mais on l’a suivi à travers le dédale de petites rues en profitant d’une brève accalmie entre deux averses). Nous nous retrouvons ainsi en lisière du village, dans une petite cahute qui semble à la fois faire épicerie d’appoint et sorte de fast-food local où on peut manger sur le pouce en passant. Rupen passe une commande simple, en précisant qu’il en faut trois « soft » pour ces pauvres Français qui risquent de cracher du feu à chaque bouchée, deux « spicy », parce qu’Ethel et Konan ont davantage d’expérience et donc de plaisir à manger des choses épicées, et un encore plus spicy que spicy, comme ils mangent naturellement ici, pour lui. Nous patientons sans savoir à quoi nous attendre. L’averse redouble de vigueur sur la bâche bleue qui nous protège. Le ciel est noir, les lumières sont superbes. Nos six bols arrivent. Il s’agit de sortes de noodles en sauce, agrémentées de diverses petites surprises qui arrachent plus ou moins. Ceci se mange avec un bout de carton en guise de cuillère. Sachant qu’il est environ 16h, c’est pour le moins surprenant pour un goûter. Seul Rupen engloutit son bol l’air de rien, nous autres demandons s’il est possible de faire un « doggy bag » comme on dit, et de partir avec nos restes. Nous rapportons donc à la maison deux petits sacs (un spicy et un censé être not spicy. Oui, bien sûr. Ce n’est pas la première fois qu’on remarque qu’on n’a pas la même vision du « not spicy » !) à faire goûter à Catherine et Sylvain qui avaient manqué cette cocasse épopée.
On termine la journée avec un repas de riz cuisiné, et de nouveau le jeu Code Names avec un bon thé chaud.

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Vendredi 20 mars

Une odeur de fumée titille les narines. Une bonne odeur de fumée d’un feu de branches qui crépite. C’est à l’étage du dessous que ça se passe, comme hier les chèvres grignotent avidement leurs bouquets de larges feuilles. Aujourd’hui, dommage, nous quittons Kaule. Tous les sacs sont faits, et nous sommes fin prêts. Toute la famille et les voisins et les cousins sont là pour nous voir partir. Nous prenons une photo de groupe tous ensemble, puis notre hôtesse, Januka et sa soeur, passent devant nous un à un pour nous déposer sur le front d’un coup de pouce la tika, poudre rouge signe de bénédiction ainsi qu’une fleur de rhododendron dans les cheveux. Elles rient, et nous aussi.
Nous partons donc joyeusement décorés, le front (et parfois le nez !) bien coloré. Marche – pause – marche – pause ; le trajet s’élève dans une forêt primaire luxurieuse et pleine d’épiphytes desquelles Konan et Iliane sont à l’affût. Nous repérons, cette fois à coup sûr, le chant du Coucou oriental (Cuculus saturatus). Et nous continuons notre transect habitat, tout en remplissant encore quelques fiches de caractérisation d’arbres encore non rencontrés depuis le début de notre expédition. Après le pique-nique, nous arrivons finalement au Siraïchuli, sommet des Chepang Hills en début d’après-midi. A la redescente, le temps se gâte peu à peu. Nous craignons que la pluie n’arrive avant nous, mais il n’en est rien. Il est bientôt 16h, les porteurs sont déjà là avec les gros sacs et cette fois-ci, ils sont visiblement accompagnés d’une bonne partie du village. Ils nous regardent installer notre campement, comme si nous étions clairement l’attraction de la semaine. Notre bivouac est en bordure de crête : la vue est extraordinaire ! Mais nous installons nos tentes un peu plus bas, à l’abri du vent qui s’est mis à souffler fortement.
Vers 18h il se met à pleuvoir. Nous nous réfugions tous dans nos tentes, ou plus précisément dans UNE tente, pour jouer aux cartes tous ensemble. Dehors on entend le vent et la pluie, on commence à se dire que finalement on est bien là, on a peut-être pas vraiment besoin de se préparer un repas, si ? Mais on a bien marché aujourd’hui, on a quand même grimpé (montée et descente !) le plus haut sommet des Chepang Hills... et comme chacun sait, la faim est plus forte que tout. Nous profitons donc d’une accalmie pour nous motiver et aller installer les réchauds entre ou sous les gros rochers. Il fait très sombre avec ce temps tempétueux, alors tous accroupis réfugiés autour des petits réchauds, nous ressentons comme un reflux de nos ancêtres préhistoriques. La situation est cocasse, et les noodles dans leur sauce brûlante, meilleures que jamais. L’ambiance devient même euphorisante au cours du repas : la pluie se calme, il fait doux dehors et le vent et les éclairs au-dessus de la vallée nous donnent l’impression d’être en dehors du temps, au milieu de nulle part, dans un rêve insolite.
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Samedi 21 mars

Debout à 5h20 pour le transect oiseaux. Agréable transect, nous suivons un chemin caillouteux large le long d’un cours d’eau. Le groupe est maintenant vraiment à l’aise et efficace pour ce protocole, et Maxime nous fait des photos extraordinaires ! Nous entendons puis observons le superbe Léiothrix à joues d’argent (Leiothrix argentauris), un oiseau multicolore (gorge et bec jaune, ailes grises avec des [[http://www.osi-biodiversita.org/Nep...->https://observation.org/user/lifelist/112553?user=112553%2F&g=0&local_list=0&local_list=1&fam=0&jaar=0&maand=0&from=2020-03-10&to=2020-03-29&prov=208&rar=0&s%5B%5D=S&akt_g=0&method=0&met_absolute=0&kle_g=0&exo=0&exo=1&esc=0&esc=1&incm=0&incm=1&export_log=0]->https://observation.org/user/lifeli...]tâches rouge jaune et noir, tête noire et joue grise) très rare, et qui n’est présent que dans quelques sites très localisés au Népal. C’est sans aucun doute l’observation la plus importante de tous nos transects oiseaux depuis le début de notre expédition. L’ambiance sonore durant tout ce transect est incroyable. Et le premier rayon de soleil qui surgit derrière la montagne pour illuminer le paysage et se poser sur nous est délicieux. Une fois le transect terminé, et la pause au doux soleil, nous choisissons d’explorer un chemin qui semble longer à flanc le Siraïchuli. Nous croisons deux locaux portant sur le dos chacun une véritable montagne de feuilles, c’est toujours aussi impressionnant, de dos on croirait voir deux arbres ambulants. Mais cela ne semble pas les perturber, puisqu’ils s’attardent à discuter avec notre guide Rupen à propos de je ne sais quel animal qui est venu rôder près du village récemment.
A midi on tombe sur une espèce de large dolmen (précision pour ceux qui ne seraient pas familiers de la Breizh’attitude : une table de pierre) sur lequel nous prenons tous place. C’est très convivial. Et multifonction : la table devient plateforme de sieste au soleil à la fin du repas. Nous reprenons notre transect habitats, étudions quelques arbres et arbustes. Konan et Iliane expliquent au groupe comment reconnaître les épiphytes les plus communes, qu’ils ont affublées de noms de morpho-espèces (c’est-à-dire donné des noms d’espèces existantes, qui leur ressemblent de près ou de loin) pour pouvoir les répertorier en attendant d’avoir pu les identifier.

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Au retour au campement, une surprise nous attend : les deux Népalais qui était restés garder le camp nous ont laissé un petit feu ! Nous faisons toujours notre cuisine de bivouac au réchaud, pour limiter les traces que l’on laisserait derrière nous, et pour plusieurs autres raisons poussant à limiter les feux dans la nature – mais là puisqu’il est déjà là, on en profite.

On a d’ailleurs remarqué qu’il y avait toujours des feux qui s’allumaient un peu partout dans la montagne juste avant qu’un orage n’éclate. Face à notre interrogation, Rupen nous explique, c’est tout simple : les locaux brûlent leurs déchets plastiques en profitant de la demi-heure avant l’orage pour être sur que les feux s’éteignent tout seuls dans la foulée !

Une autre chouette surprise : un des locaux nous laisse un gros pot de miel qu’il vient de récolter, du bon miel mélangé à la cire, authentique, qui a l’air succulent.
On en profite pour se faire un petit goûter avec le muesli, les bananes et le miel, et un bon thé chaud, un vrai régal et toujours avec vue sur la vallée. Puis certains font la sieste, d’autres jouent aux cartes ou se font une petite session de gymnastique...

Ce soir c’est notre dernier repas en autonomie, nous cuisinons tous les légumes qu’il nous reste, dont les étranges petits légumes mystérieux dont on avait acheté quelques échantillons le premier jour, par curiosité. On en fait une jolie poêlée accompagnée d’un riz avec zestes de citrons et noix de cajoux concassées, un repas de luxe excellent ! Il n’empêche que, les légumes aux formes particulièrement pittoresques, n’ont pas pour autant de goûts révolutionnaires. Après le repas, nous veillons autour du petit feu, en discutant avec bonheur de notre aventure Chepang. Puis nous nous entassons de nouveau tous sous la même tente pour un petit jeu de cartes avant d’aller dormir.

Dimanche 22 mars

C’est de nouveau le moment de plier le campement, et c’est donc synonyme de grasse matinée, puisqu’il faut que les tentes aient le temps de sécher au soleil. La matinée démarre donc agréablement avec les rayons du soleil, autour d’un dernier petit déjeuner, toujours aussi appréciés (les flocons d’avoine que nous faisons griller, le muesli croustillant avec des amandes et des morceaux de bananes, et le délicieux miel de Kaule). Alors qu’on en est encore à secouer les tentes au soleil pour les débarrasser de toute l’humidité qu’elles ont gardé, nos amis porteurs arrivent bien en avance. Ils sont enthousiastes au possible : ils ont décidé de venir plus tôt pour monter au Siraïchuli, car ils n’y sont jamais allés !
A leur retour, Rupen leur explique avec grand enthousiasme comment on utilise les réchauds, comment on filtre l’eau et comment nous plions les tentes. C’est que pour lui aussi, c’est encore nouveau de vivre la vie en autonomie dans la nature comme on le fait.
D’ailleurs cette fois, les sacs sont plus légers que jamais pour tout le monde ; il n’y a quasiment plus de nourriture et on en profite pour mettre une bonne partie de nos affaires perso. C’est la fin de l’expédition en plein cœur de la montagne car aujourd’hui nous revenons à Gadi.
L’itinéraire que nous suivons est absolument magnifique : nous alternons entre des sentiers qui surplombent la vallée et des passages dans de la forêt dense et pleine de reliefs charmants. Nous poursuivons le transect habitat jusqu’à la pause déjeuner. Nous finissons par retrouver la route qui mène à Chisapani. Nous récupérons au passage le piège-photos que l’on avait placé là il y a 4 jours. Peu de temps après, la météo qui commençait à tourner, nous offre un spectacle de grêle et de rafales de vent inattendues ! Nous sommes partagés entre l’extase et l’envie d’accélérer pour ne pas arriver trop détrempés. Mais la grêle est vite remplacée par la pluie, et c’est donc bien détrempés que nous finissons le chemin jusque Gadi. Bon, au final, une fois trempés, on s’y fait. Surtout que dans le fond, il ne fait pas froid. Et l’arrivée est d’autant plus chouette : chacun prend vite une bonne douche pour se mettre ensuite au sec, et lorsque nous nous réunissons autour du milk tea tant attendu, le sentiment de plénitude est unanime ! Autour de notre petit goûter, nous regardons les vidéos du piège-photos. Génial, nous découvrons le passage de 5 Macaques d’Assam (Macaca assamensis) , ainsi que d’une Martre à gorge jaune (Martes flavigula). A l’heure du Dal bhat, qui inclue cette fois du dhindo (un genre de polenta), nous faisons de nouveau un bâton de parole pour que chacun puisse donner ses impressions sur cette belle aventure en itinérance que nous venons de finir. Puis tout le monde se couche tôt.

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Lundi 23 mars

Aujourd’hui, c’est notre dernier petit déjeuner festif dans les Chepang, car nous redescendons à Chitwan. Avant de partir, nous saluons les gens du village et nous organisons même une petite séance de retransmission de nos meilleures vidéos des piège-photos. Tout le monde s’agglutine autour du petit écran, l’ambiance est extra. Nous quittons finalement le village vers 9h, et savourons les paysages le long de la crête qui nous fera redescendre jusqu’à GariBari où nous avons rendez-vous avec la Jeep. Iliane et Konan, qui se sont passionnés pour les épiphytes durant toute l’expédition nous présentent une première ébauche de protocole que l’on pourrait mettre en place pour continuer de répertorier les épiphytes dans les prochaines expéditions. Ce test s’avère très chouette, mais un peu long : on y passe une bonne heure. Puis c’est la pause pique-nique. Nous caractérisons encore quelques arbres avant d’arriver à Garibari. Là les porteurs nous ont amené nos affaires et ce sont les grands au revoir. Une fois installés dans la jeep, c’est le grand bonheur de profiter du paysage le nez au vent, on se sent bien. Rupen nous quitte pour rentrer chez lui, puis nous arrivons au Gaïda Lodge où nous avions passé deux nuits avant de monter dans les Chepang.

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A partir de là, la fin du séjour a été complètement chamboulée car le Népal a décidé de se mettre en confinement à minuit ce même jour. L’aventure népalaise n’était donc pas encore terminée. Nous avons passé les 3 jours suivant à passer le temps dans ce charmant hôtel pendant que Sylvain et Catherine faisaient toutes les démarches nécessaires pour que l’on obtienne l’autorisation de rejoindre Kathmandou, afin de se faire rapatrier avec un vol organisé par l’Ambassade de France au Népal. On pourra dire que le retour fut encore plus épique que l’aller ! Et pour finir le séjour, la cerise sur le gâteau, c’est que nous avons pu ajouter toutes les nouvelles espèces de plantes caractérisées pendant l’expédition dans la clé d’identification, démarrée par les participants de la première expédition.

Quelques liens
Vous pouvez accéder à la liste des espèces observées pendant l’expédition en cliquant ici, ainsi que la la liste complète des observations ici.
Une bonne partie des photos de l’expédition sont visualisables et téléchargeables ici.
Vous pouvez consulter le journal de bord de la 1re expédition en cliquant ici.

FAQ

Vous pouvez consulter la liste des espèces observées pendant l’expédition ici

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